La céphalée est un motif ultra-fréquent en consultation médicale et au service d’accueil des urgences, représentant près de 2-4% de toutes les visites. La majorité des cas relèvent de migraines ou d'autres céphalées dites primaires, sans risque vital immédiat. Toutefois, la difficulté réside dans la capacité du clinicien à reconnaître, parmi ces plaintes courantes, les rares céphalées secondaires dont le pronostic peut être rapidement engagé (AVC, méningite, hémorragie sous-arachnoïdienne...). Selon une étude européenne, entre 1 à 4% des céphalées en première intention relèvent d’une pathologie grave (PubMed).
Toute approche devant une céphalée impose d’éliminer, en priorité, une cause secondaire. Les recommandations internationales (HAS, NICE guidelines, American Headache Society) insistent sur une série de signes d’alerte, ou « red flags ». Leur présence doit motiver une investigation rapide, souvent par imagerie et examens complémentaires.
La migraine répond à des critères précis. Bien que souvent bruyante sur le plan clinique, elle ne s’accompagne pas de déficits neurologiques persistants ou d’anomalie de l’examen clinique. Plusieurs éléments permettent d’orienter vers la migraine :
Selon l’IHCD-3 (International Classification of Headache Disorders 3ème édition), 1 migraineuse sur 7 apprécie une aura : troubles neurologiques réversibles d'une durée de 5 à 60 minutes (visuels, sensoriels ou du langage), mais jamais persistants.
| Caractéristiques | Migraine | Céphalée secondaire grave |
|---|---|---|
| Fréquence | Fréquente, parfois antécédents personnels/familiaux | Rare dans la population générale |
| Début | Progressif, connu, parfois prodromes | Brutal (« thunderclap »), ou subaigu avec aggravation rapide |
| Douleur | Pulsatile, unilatérale fréquente | Variable, souvent holocrânienne, inhabituelle |
| Signes associés | Nausées, vomissements, photo- et phonophobie | Déficit neurologique, méningisme, trouble vigilance |
| Fièvre | Non (sauf enfant parfois) | Oui si infection (abcès, méningite) |
| Examen neurologique | Normal entre les crises, deficit transitoire lors de l’aura | Parfois anomalies persistantes |
| Réponse aux antalgiques | Souvent favorable | Rare ou nulle |
Certaines populations nécessitent une vigilance particulière :
Selon les recommandations françaises (HAS) :
Face à la prévalence massive des migraines et à la faible mais non-négligeable proportion de céphalées secondaires graves, l’identification rapide des signes d’alerte reste le pilier du diagnostic. L’apprentissage repose sur la répétition des « drapeaux rouges », et la capacité à remettre en question une anamnèse trop rassurante par habitude. Les innovations en imagerie et la télémédecine pourraient bientôt compléter l’arsenal clinique, mais le dialogue avec le patient, sa connaissance de ses propres symptômes et la systématicité de l’examen demeurent incontournables pour distinguer la migraine banale de la céphalée aux conséquences majeures.
Pour approfondir :