L’infarctus du myocarde (IDM) n’est plus perçu comme une pathologie exclusivement masculine. Pourtant, le retard diagnostic chez la femme demeure une réalité préoccupante, avec des conséquences majeures sur la morbi-mortalité. Selon l’Inserm, 40 % des femmes victimes d’un IDM en France ne présentent pas les symptômes considérés comme « classiques » (Inserm). Ce constat souligne l’importance d’un regard renouvelé sur cette urgence cardiaque, et d’une adaptation des réflexes cliniques à la spécificité féminine.
Le diagnostic d’IDM repose souvent, à tort, sur l’attente du « tableau classique » de douleur thoracique constrictive irradiant au bras gauche. Chez la femme, le spectre symptomatique est bien plus large et souvent trompeur :
Moins de 60 % des femmes manifestent la douleur thoracique typique à l’infarctus (CDC, 2023). Ces différences expliquent le taux élevé de diagnostics tardifs, souvent relégués au second plan face à des diagnostics différentiels (digestif, anxieux, musculosquelettique).
Les obstacles au diagnostic précoce de l'infarctus chez la femme sont multiples, à la fois du côté des patientes et des professionnels de santé :
Les études européennes révèlent qu’à peine 30 % des femmes interrogées associent spontanément symptômes digestifs ou fatigue extrême à une cause cardiaque (Commission Européenne).
Cette problématique s’inscrit dans une évolution globale de la médecine de précision. Les travaux en cours autour de la création d’algorithmes spécifiques au diagnostic de l’IDM chez la femme, basés sur les données de cohortes nationales (registre FAST-MI, eRESCA), laissent envisager une prise en charge toujours plus personnalisée.
La recherche de biomarqueurs plus sensibles (myosine cardiaque, copeptine, BNP) pour la population féminine, ainsi que le développement de formations initiales et continues axées sur le genre, participent à réduire durablement les retards diagnostiques. Enfin, l’implication active des patientes et la reconnaissance de leur expertise vécue doivent compléter cette dynamique.
L’optimisation de la prise en charge de l’infarctus du myocarde chez la femme impose de revoir nos schémas décisionnels, d’adapter nos réflexes face aux présentations atypiques et de promouvoir, à chaque étape du parcours, une égalité d’accès au diagnostic précis. Agir précocement face au doute, c’est donner une chance supplémentaire aux femmes de chaque génération.