Les angines aiguës figurent parmi les principaux motifs de consultation en médecine générale et en pédiatrie. Bien différencier une origine virale d’une étiologie bactérienne conditionne la pertinence de l’antibiothérapie. Toutefois, l’examen clinique seul ne permet pas de trancher avec certitude. C’est dans ce contexte que le score de Centor apporte une aide précieuse pour estimer la probabilité d’une infection à Streptococcus pyogenes (streptocoque du groupe A), principal germe responsable des angines bactériennes. L’utilisation raisonnée du score de Centor s’inscrit donc dans une démarche d’antibiothérapie ciblée et de lutte contre l’antibiorésistance.
Élaboré en 1981 par le Dr Robert Centor (JAMA, 1981), ce score clinique repose sur quatre critères majeurs observés lors de l’examen physique et de l’interrogatoire des patients adultes et adolescents présentant une pharyngite aiguë. La version modifiée par McIsaac au Canada en 1998 inclut l’âge comme cinquième critère, augmentant son applicabilité chez l’enfant.
À chacun de ces critères, on attribue 1 point. Plus le score total est élevé (maximum 4), plus la probabilité d’une angine streptococcique augmente.
Ainsi, le score varie de -1 à 5 points dans la version modifiée, s’adaptant à l’épidémiologie pédiatrique et gériatrique.
Le score détermine une stratégie décisionnelle pratique, notamment dans les recommandations françaises (HAS) ou anglo-saxonnes (CDC, NHS).
| Score de Centor / McIsaac | Probabilité d’angine à streptocoque A | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| 0 ou 1 | <10% | Ni test rapide ni antibiotique |
| 2 ou 3 | 15–32% | Test de diagnostic rapide/anginette recommandé |
| 4 ou plus | 38–56% | Antibiotique si test positif; selon contexte, antibiothérapie possible d’emblée (hors recommandations françaises actuelles) |
À savoir : Le test de détection rapide des antigènes du streptocoque du groupe A, dont la spécificité dépasse 95 % (sources : BMJ 2022, HAS 2022), a révolutionné le triage des angines, réduisant le recours injustifié à l’antibiothérapie.
L’impact de la généralisation du score de Centor a été mesuré à plusieurs reprises : selon une étude américaine (JAMA Pediatrics, 2020), l’utilisation d’un score clinique combiné à un test antigénique a permis de réduire de près de 50% les prescriptions d’antibiotiques pour des angines chez l’enfant et l’adulte.
Faire du score de Centor une routine clinique permet de limiter le recours aux antibiotiques, de rassurer les patients lorsque la probabilité d’angine bactérienne est faible, et d’améliorer la pertinence des diagnostics. L’introduction d’algorithmes numériques intégrant ce score dans les dossiers médicaux informatisés offre déjà un gain de temps et de rigueur décisionnelle ; de nouveaux travaux cherchent à améliorer le score par l’intégration de biomarqueurs (par exemple, procalcitonine) ou l’analyse de l’intelligence artificielle des données cliniques (source : Digital Health 2023).
Pour les professionnels, une connaissance fine du score de Centor et de ses limites reste essentielle : c’est un outil d’aide à la décision, pas un substitut au jugement clinique. L’évolution des pathogènes respiratoires et la question de l’antibiorésistance exigent de maintenir ce raisonnement structuré et adapté.
Sources principales : JAMA 1981, McIsaac JAMA 1998, HAS 2022, BMJ 2022, Cochrane 2022, CDC 2023, UpToDate 2024, Digital Health 2023.