Une suspicion de thrombose veineuse profonde (TVP), ou phlébite, demeure une préoccupation fréquente tant en ambulatoire qu’aux urgences. Le bon usage du score de Wells, outil validé dès 1997 (Wells et al., Lancet, 1997), vise à réduire autant les sous-diagnostics que les explorations inutiles, tout en accélérant la prise en charge adéquate.
La prévalence réelle de TVP parmi les patients suspectés est de 10 à 20 % en milieu ambulatoire (Haeger, 2003). Ceci implique que, sans recours à une stratégie structurée, la majorité des patients seraient explorés à tort. L’enjeu : rationaliser, mais jamais banaliser.
Le score de Wells est construit sur un ensemble de critères cliniques simples, cumulant des points, afin de stratifier le risque de TVP chez un patient donné. Chaque item reflète soit un élément de contexte, soit un signe clinique.
| Critère | Points |
|---|---|
| Cancer actif (traitement en cours ou < 6 mois ou palliatif) | +1 |
| Paralysie, immobilisation récente, plâtre | +1 |
| Alitement >3 jours ou chirurgie majeure < 4 semaines | +1 |
| Douleur localisée sur le trajet veineux profond | +1 |
| Gonflement global du membre inférieur | +1 |
| Périmètre mollet > 3 cm comparé au côté controlatéral | +1 |
| Œdème prenant le godet, limité au membre symptomatique | +1 |
| Dilatation des veines superficielles non variqueuses | +1 |
| Antécédents personnels de TVP | +1 |
| Autre diagnostic au moins aussi probable que TVP | -2 |
La somme des points est ensuite utilisée pour catégoriser les patients en fonction du risque.
Ces pourcentages, tirés d’études multicentriques (Kearon et al., 2008 ; Wells et al., BMJ, 2006), sont à adapter si la population de patients présente des caractéristiques particulières (personnes âgées, comorbidités).
L’enjeu n’est pas seulement de calculer le score, mais d’intégrer celui-ci dans une stratégie diagnostique sécurisée, validée par les sociétés savantes. Les recommandations de la Société Française d’Angiologie (2021) et du British Medical Journal (BMJ) convergent.
Remarque : chez les patients hospitalisés, cette séquence reste discutable tant le dosage des D-dimères perd de sa spécificité (état inflammatoire, grand âge).
Depuis la généralisation de l’utilisation du score de Wells, la proportion de diagnostics erronés de TVP a chuté de plus de 30 % selon une méta-analyse de Oudega et al. (Annals of Internal Medicine, 2005).
L’expertise ne remplace pas la vigilance : intégrer parfaitement le score de Wells dans la routine clinique, c’est gagner en rapidité et en fiabilité, mais aussi savoir s’affranchir de l’algorithme lorsqu’il s’avère inadapté à la situation.
Sources :